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Jizô - Des voyages en bande dessinée

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29 novembre 2011

Nouveauté

Futuropolis vient de publier Reportages de Joe Sacco. Il s'agit d'un regroupement de courtes bandes dessinées que l'auteur a publiées dans différentes journaux américains. Elles poursuivent en général ses ouvrages sur la guerre de Bosnie, sur la bande de Gaza, etc.

Bientôt en critique dans ces pages.

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29 novembre 2011

Niouz

A l'occasion d'une séance de dédicace à Paris, Guy Delisle m'a confirmé qu'il arrêtait de voyager, "parce que maintenant c'est plus difficile avec les enfants" et donc qu'il arrêtait de faire des bandes dessinées qui voyagent.

Dommage...

28 novembre 2011

Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle - Shampooing

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Guy Delisle, Chroniques de Jérusalem, Shampooing, 2011

A l'origine de ce nouvel opus, c'est l'installation de la famille Delisle à Jérusalem et plus précisément dans la partie Est de la ville, la partie musulmane. La famille c'est la petite Alice, Louis le garçonnet, Nadège qui travaille pour Médecins sans Frontières et Guy auteur de bandes dessinées. Ainsi, pendant que sa compagne va travailler à l'amélioration des conditions de vie de la population palestinienne, Guy Delisle va pouvoir découvrir le pays et ses multiples réalités.

Et ces réalités ne sont pas des plus simples, ni des plus calmes, ce serait peu de le dire. L'exemple le plus frappant est bien entendu l'attaque de la bande de Gaza par les forces israéliennes, fin décembre 2008-début janvier 2009, connue sous le nom de "plomb durci". Une opération que l'auteur suit au jour le jour depuis Jérusalem-Est et auquel il ajoute la relation des difficultés des ONG pour se rendre sur place. Mais, à côté de cet exemple extrême, il y a toutes les vexations des Juifs envers les Arabes et celles des Arabes contre les Juifs. Vexations quotidiennes anodines ou beaucoup plus graves qui ne font qu'empoisonner les relations entre les deux communautés pourtant condamnées à vivre ensemble. Delisle le montre très bien, tant à Jérusalem qu'à Naplouse, à Ramallah ou surtout à Hébron, parce qu'il y a une extrémisation de part et d'autre, ces deux communautés sont arrivées à un point où tout dialogue est devenu impossible. Si bien que l'érection d'un mur de séparation est ressentie comme l'ultime moyen de protection pour les Juifs et comme l'ultime vexation pour les Palestiniens, et plus généralement par tous ceux qui vivent dans la partie arabe, car il rend les trajets beaucoup plus longs puisqu'il oblige à des tours et des détours mais aussi parce qu'il s'accompagne de nombreux check-points.

Cependant, les tensions entre Juifs et Arabes ne sont malheureusement pas les seules. Comme si la vie sur la Terre sainte rendait fous ceux qui y habitent, Delisle narre aussi les relations exécrables entre les différentes communautés chrétiennes : catholiques, protestants, maronites, arméniens, grecs, coptes, syriaques... Et principalement dans la gestion de l'église du Saint-Sépulcre (je laisse le lecteur les découvrir en lisant la bande dessinée). si bien qu'une question vient à l'esprit du lecteur : pourquoi tant de violence et de haine sur cette terre où tout le monde voudrait trouver la paix ? Cette situation désastreuse encourage d'ailleurs l'auteur à s'exclamer : "Merci Dieu, de m'avoir fait athée". Toutefois, cela ne l'empêche pas d'installer son atelier dans l'enceinte d'une église allemande et de faire la connaissance du pasteur et de sa vision du monde assez étonnante. La Terre sainte est décidemment une terre de contraste.

Cependant, la situation à Jérusalem et dans les colonies juives n'est pas généralisée à l'ensemble d'Israël. La vie à Tel Aviv, par exemple, est on ne peut plus éloignée des excès religieux. Comme des parenthèses enchantées, Guy Delisle s'y rend quelques fois avec les enfants pour profiter de la plage et certainement pour décompresser. L’avenir de la région viendra bien évidemment de cette partie du pays.

Je ne peux que conseiller la lecture de ces Chroniques de Jérusalem, parce que, à son habitude, Guy Delisle y jette son regard tout autant curieux qu'amusé, voire désabusé. Elles permettent de voir un peu plus clair dans une situation très obscure.

Ce que j'aime :

- Le jeu sur les couleurs, nouveau chez l’auteur, qui approfondissent les impressions données par les sujets abordés.

Ce qu'il manque :

- Une explication rapide du sionisme qui permettait de mettre en lumière les exactions des Juifs contre les Palestiniens (sans pour autant les pardonner, bien entendu).

9 novembre 2011

D'une Île à l'autre - Vincent Vanoli - L'Association

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Vincent Vanoli, D'une Île à l'autre, Collection Ciboulette, L'Association, 2011

Vincent Vanoli est invité, avec Edmond Baudoin et Nylso, en résidence à Novella, petit village du nord de la Corse. Puis, il se rend seul à Hastings, sur la côte du Sussex anglais. A Novella, il rencontre et sympathise avec les gens du village qui lui racontent leur vie, quelques souvenirs, le passé du village. A Hastings, les rapports avec les habitants sont moins nombreux, il rencontre principalement ses amis Chris et Lorna. Mais en Corse comme en Angleterre, Vanoli dessine et photographie les paysages, il s'imprègne de ce qu'il voit et entend. Puis, après quelques semaines, il réalise cette bande dessinée grâce au matériel engrangé. C'est le moment pour lui de revenir sur les souvenirs de ses deux séjours et de les partager avec son lecteur.

On pourra être dérouté par cette bande dessinée et se demander quel est le but de Vincent Vanoli. Pourtant l'intérêt de cet ouvrage tient justement dans la distanciation d'avec ces séjours. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de raconter par le menu son emploi du temps, ni de restituer avec fidélité la réalité des endroits qu'il a visités. Le choix des deux régions lui permet en effet d'éviter tout regard ethnologique ou sociologique, car elles sont relativement bien connues du lecteur. Il préfère mettre l'accent sur les souvenirs qu'il en a conservé. Il décrit lui-même sa manière de faire : "absorber visuellement le paysage et l’oublier. Les deux à la fois", c'est-à-dire se l'approprier pour le représenter plus tard dans sa manière propre. Et ceci lui est permis, d'une manière paradoxale, grâce au fait de dessiner d'après des photographies. Car si, d'une part, ses dessins sont précis et détaillés, leur enchaînement empêche, d'autre part, toute linéarité de la narration. On dirait plutôt une suite de plans fixes, une succession d'images, voire d'impressions. Ainsi, cette distanciation permet à Vincent Vanoli de distiller dans ce D'une Île à l'autre le même parfum d'étrangeté que dans ses bandes dessinées de fictions. Et, associée à la technique graphique très personnelle de Vanoli, elle donne une unité aux deux séjours, presque une unité aux deux régions que pourtant tout semble opposer. Tout cela procure au récit un aspect très apaisant, fait de balades dans le paysage corse puis anglais et de rencontres avec des personnes accueillantes et souriantes. Un récit doux comme le sont les souvenirs. Si bien que cette bande dessinée aurait pu s’appeler Les Rêveries du promeneur solitaire.

Ce que j'aime :

- Le dessin toujours très personnel de Vanoli.

- La façon d'aborder le sujet.

Ce qui m'a dérouté à la première lecture :

- Je n'avais pas compris l'intérêt de cette bande dessinée.

7 novembre 2011

Nouveauté

Contrairement à ce que j'ai annoncé le mois dernier, les Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle paraîtront le 16 novembre chez Shampooing (éditions Delcourt).

Les impatients peuvent toujours aller voir la page spéciale sur le site de Delcourt.

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7 novembre 2011

Carnet de bord 1-10 décembre 2001 - Lewis Trondheim - L'Association

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 Lewis Trondheim, Carnet de bord - 1-10 décembre 2001, Collection Côtelette, L'Association, 2002

Quand Lewis Trondheim se déplace sur l'île de La Réunion il préfère continuer l'introspection qu'il avait débutée dans la série des Approximate Continuum Comics et qu'il poursuit actuellement dans ses Petits riens que de nous balader dans les hauts lieux admirables réunionnais. Nous le suivons ainsi au cirque de Salazie, à la Glacière, dans la forêt de Belouve, au volcan de la Fournaise et nous devons en même temps supporter ses réflexions personnelles. Ce n'est donc pas une visite de la Réunion à laquelle Trondheim nous convie mais à un voyage au centre de lui-même. C'est au travers de ses yeux que nous voyons l'île. Ce peut être assez agaçant de subir les commentaires acides, les avis désabusés, les points de vue pessimistes de l'auteur, sans parler de la relation de ses petits bobos : genoux douloureux ou coups de soleil sur le bec et sur les mollets. Surtout que généralement, tout cela manque singulièrement de l'humour acide, désabusé et pessimiste qu'on lui connaît. Ici, toutes les sensations, les émotions sont passées à la moulinette de son caractère paranoïaque.

Pourtant, je ne peux m'empêcher de trouver un intérêt certain à cet ouvrage et non parce que je me sens l'âme d'un apprenti psychologue. Tout d'abord, nous avons encore entre les mains une preuve que Lewis Trondheim est un grand auteur de bande dessinée. Son dessin, même croqué rapidement comme ici, reste d'une très grande qualité. Il a un belle capacité à mener son récit sans (trop) ennuyer son lecteur. De plus, il ne se la joue pas auteur important qui croit que tout ce qui lui arrive intéresse la terre entière. Il a assez de recul sur sa propre personne pour toujours rester lucide et humble. Et ceci fait de cette bande dessinée un autoportrait sans concession. Enfin, il n'enjolive ou ne rabaisse pas les choses qu'il voit ni la perception qu'il en a. Et ce même si cela donne toujours l'impression qu'il les survole plutôt que de se laisser aller à une contemplation plus ou moins béate.

Vous l'aurez compris, si vous chercher à faire du tourisme à La Réunion, passez votre chemin. Mais si vous chercher quelque chose de nouveau dans le monde du 9e art, plongez !

Lewis Trondheim ou l'invention de la bande dessinée post-moderne.

Ce que j'aime :

- Voir ci dessus.

Ce que j'aime moins :

- Voir ci-dessus.

- Le fait de créer cette bande dessinée sans corrections. Le côté brut et jeté est intéressant mais une petite pointe de tippex pour éviter les ratures, n'aurait pas été du luxe. Le post-modernisme doit trouver ses limites !

2 novembre 2011

Nous n'irons pas voir Auschwitz - Jérémie Dres - Cambourakis

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Jérémie Dres, Nous n'irons pas voir Auschwitz, Cambourakis, 2011

Cette bande dessinée est moins une visite de la Pologne qu'un voyage dans la judéité de ce pays. En effet, c'est après le décès de sa grand-mère, juive polonaise, que Jérémie Dres et son frère Martin décident de partir à la recherche de leurs racines. Cependant, face à la destruction de nombreuses preuves matérielles (maisons familiales, tombes, archives, etc.), ils sont obligés d'abandonner ce premier objectif. Leur déplacement se transforme alors en la quête de quelque chose qui reste à définir, une véritable initiation. En effet, ils comprennent peu à peu que ce qui les a poussé à entreprendre ce voyage, c'est avant tout le silence de leur famille sur la Shoah (dont les Juifs de Pologne ont été les principales victimes), mais aussi sur la place qu'ont tenu les Polonais dans ce drame. Comme le montre clairement Claude Lanzmann dans son film Shoah (1979), les Polonais ont été des collaborateurs très actifs de la solution finale et sont encore profondément antisémites. C'est pourquoi, chez les Dres, la haine des "Polacks" fait partie de la mythologie familiale (la grand-mère disait toujours à l'auteur : "Epouse ki ti veux mais pas ine Polack, ni ine Allemonde". Son père le met encore en garde avant son départ : "surtout fais gaffe aux Polacks". Et sa cousine désire se joindre au voyage mais "pas pour rendre visite à ces sales Polacks"). Mais contrairement à Lanzmann, ce n'est pas sur les cendres d'un passé commun à tous les Juifs que les deux frères veulent revenir mais sur le leur propre. Pour cela, ils doivent questionner leur judéité et comprendre ce que cela veut dire que d'être Juif actuellement, en Pologne tout d'abord mais aussi, et surtout, de manière générale. Pour cela, ils vont tenter de répondre aux trois questions cruciales et centrales à cette bande dessinée : qu'ont réellement fait les Polonais entre 1939 et 1945 ? Que font-ils maintenant en commémoration de cette époque ? Et que font-ils pour l'actuelle communauté juive ?

A Varsovie, Martin et Jérémie Dres rencontrent des personnes appartenant à différents organismes juifs locaux. Celles-ci leur font comprendre que la Pologne connaît un véritable renouveau juif, grâce autant aux descendants des survivants restés dans le pays après 1945 qu'à ceux qui ont choisi l'exil et qui reviennent pour savoir et comprendre. Et tous leur démontrent que le pays est maintenant obligé de prendre en compte cette communauté qui compta 3 millions et demi de personnes avant la guerre (dont seulement 300000 survécurent), parce que celle-ci a fait et fait toujours partie intégrante de son histoire, malgré les haines tenaces.

Au cours de leurs recherches, les deux frères découvrent que les quelques témoignages survivants, plus ou moins abandonnés pendant l'ère soviétique, (pièces d'archives, documentation diverse, cimetières, etc.) sont, depuis une dizaine d'années, assez bien pris en charge, notamment grâce à l'aide d'Israël et des Etats-Unis. A Varsovie, ils retrouvent ainsi les sépultures des parents de leur grand-mère grâce à l'informatisation des noms inscrits sur les tombes.

Plus tard, ils partent pour Żelechów (à 85 km au sud-est de Varsovie), le bourg d'origine de la famille de leur grand-père. On les avait auparavant prévenus que si "l'antisémitisme a disparu des grandes villes, il est toujours présent à la campagne". Le récit de leur passage en coup de vent dans cette localité est très intéressant car il permet de comprendre que l'antisémitisme (ou d'autres formes de haines) n'est pas seulement dû aux personnes antisémites (ou autres) mais provient aussi, dans un mouvement dialectique, des Juifs eux-mêmes (ou autres) que la peur force à se placer en position de victimes. Jérémie Dres le montre bien : Żelechów paraît pour le moins paisible. Les deux frères ne rencontrent presque personne. Et c'est seulement dans leur esprit qu'ils semblent ressentir une menace. D'ailleurs, si le cimetière juif ressemble à un champ avec des "pierres bizarres", toujours est-il qu'il n'a pas été supprimé comme le craignait Martin. Mais cela n’empêche pas Jérémie d’être déçu de voir que les tombes ne sont pas entretenues, ni informatisé comme à Varsovie. On peut comprendre sa déception : la figure de son grand-père qu'il n'a pas connu parce que mort en déportation, disparaît encore un peu plus.

Enfin, à Cracovie, les deux compères tombent en plein milieu du Jewish Culture Festival. Et leur participation à un colloque consacré à la renaissance des Juifs en Pologne apparaît comme le point d’orgue de la bande dessinée. Là, se confirme en effet tout ce qu'ils ont vu auparavant : tout d'abord il n'y a pas qu'une seule forme de judéité, mais, au contraire, que celle-ci est multiple, et ensuite, que cette judéité n'a pas forcément à voir avec la religion (Jérémie et Martin ne sont d'ailleurs pas pratiquants) ou même avec une culture mais plutôt avec une origine, un lignage ; une généalogie, en quelque sorte.

Et Auschwitz, dans tout ça ?

Comme l'indique le titre de la bande dessinée, Jérémie et Martin ne se rendent pas à Oświęcim (son nom polonais). Qu'y auraient-ils d’ailleurs cherché ? Il n'y a rien à voir à Auschwitz et à Birkenau, comme le constatait déjà Claude Lanzmann dans Shoah. C'est un lieu de mémoire pour l'humanité toute entière mais certainement pas un endroit où découvrir l'intimité de ses propres racines. Pour les frères Dres, il y a effectivement plus à apprendre sur leurs ancêtres et sur eux-mêmes dans le cimetière abandonné de Żelechów, que dans l'espace vide à l'intérieur de la sinistre enceinte de Birkenau.

Ce que j'aime :

- La découverte d'une Pologne dynamique qui s’extirpe de son triste passé.

- Le point de vue original de Jérémie Dres pour aborder un pays.

- La spontanéité dans les recherches. Les deux frères n'ont rien préparé et se laissent guider par leurs envies et par les rencontres.

Ce que j'aime moins :

- Le dessin un peu enfantin (qu'on oublie heureusement grâce à l'intérêt du récit). Mais je dois avouer qu'il contribue à mettre en valeur la spontanéité des recherches.

30 octobre 2011

Chroniques de la nécropole - Golo et Dibou - Futuropolis

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Golo & Dibou, Chroniques de la nécropole, Futuropolis, 2011

Gournah était un petit village égyptien en face de Louxor, sur la rive gauche du Nil, aux pieds des vallées des Rois, des Reines et des Artisans, non loin du Ramesseum et du temple d'Hatshepsout, gardé par les colosses de Memnon. Une situation de rêve ! Cependant, cette situation est justement la première des raisons du malheur qui va lui tomber dessus. En effet, ses maisons aux parois décorées de motifs champêtres, animaliers ou mythologiques sont bâties sur les vestiges des habitations des artisans qui ont travaillé il y a des milliers d'années sur les monuments alentour. On comprend alors que ce site provoque depuis longtemps la convoitise des archéologues. Et, pour couronner le tout, les habitants de Gournah sont pauvres et beaucoup d'entre eux considèrent uniquement la proximité des sites pharaoniques comme une opportunité de quémander un dollar ou deux aux nombreux touristes de passage. Le village est donc voué à disparaître.

Dans cette bande dessinée, Golo et Dibou, sa compagne, racontent la vie de Gournah avant sa destruction. Ils plongent le lecteur dans l'existence de quelques Egyptiens de la haute vallée du Nil. Ils racontent leur vie difficile qui ressemble à celle de leurs ancêtres : ils cultivent des lopins de terre ou bien subsistent d'un artisanat qu'ils essaient de vendre tant bien que mal aux touristes apathiques. Mais ils racontent aussi les visites des monuments égyptiens en dehors des sentiers battus, la douceur de l'existence loin du tumulte des grandes villes mondiales, au bord paisible du Nil, à l'ombre des palmeraies, ainsi que les rencontres avec des personnages hauts en couleurs qui les accueillent comme des membres de la famille, parce que, eux, cherchent à les comprendre.

En opposition à la mort annoncée du village, Golo et Dibou désirent aider les Gournawis à se développer et principalement les nombreux enfants, qui sont souvent déscolarisés et dont la principale tâche est d'aider leur famille. En mettant son réseau parisien à contribution, Dibou décide de vendre de petites poupées fabriquées par les enfants ainsi que les tissus de Nagada (un "village de tisserands depuis l'Antiquité") à Paris, puis de créer ses propres vêtements. Evidemment, ce n'est pas une véritable partie de plaisir. Il n'est jamais facile de modifier les traditions ancestrales des adultes. Les enfants, au contraire, sont très réceptifs. Cela donne de la force à Dibou pour poursuivre son action.

Mais, on l'imagine bien, cela n'a aucun influence sur la décision des autorités égyptiennes. Le village est finalement détruit et ses habitants déplacés à quelques kilomètres, dans des maisons en béton qui ne sont pas adaptées au rude climat de la région. Cela s'accompagne par ailleurs de grands travaux de mise en valeur des monuments antiques au détriment des cultures déjà maigres.

Les chroniques de la nécropole ou comment se sentir indésirable dans son propre pays...

Ce que j'aime :

- Le mélange de bande dessinée, de photos et de documents divers qui donne au récit un côté carnet de voyage.

- La vision de l'intérieur de la vie des Egyptiens que l'on ne voit pas quand on est touriste.

Ce que j'aime moins :

- Le dessin un peu naïf (mais l'attrait du récit permet de passer au-delà).

25 octobre 2011

Transat - Aude Picault - Shampooing

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Aude Picault, Transat, Shampooing, 2009

Face à la vie de la grande ville superficielle et abrutissante, le personnage féminin de cette bande dessinée décide de partir "une semaine sur une île en Bretagne et un mois ou plus en bateau", selon ses propres termes.

Ladite île bretonne, c'est un endroit (anonyme) où notre héroïne va vivre seule dans une maison parmi des moutons et des lapins. Elle va aussi rencontrer quelques personnes sur Stagadon (Finistère Nord), l'île sur laquelle le père Jaouen prend en charge des personnes en réinsertion en les initiant au rude monde de la voile et en restaurant la goélette Bel Espoir II. Le voyage d'un mois en bateau, c'est une croisière transatlantique sur un voilier (le Darwin), depuis le Cap-Vert jusqu'aux Caraïbes.

D'une manière assez audacieuse, cette traversée n'est pas racontée de long en large avec tous les problèmes, les interrogations et les difficultés qu'une telle aventure peut poser. Au contraire, elle est figurée en quatorze doubles pages, avec un minimum de textes et de dialogues, à l'aide d'une plume trempée d'encre noire qui veut tout dire : les vagues, les passages nuageux, la vitesse, les jours et les nuits, les milles impressions fugitives que l'on peut ressentir sur le pont d'un voilier en plein milieu de l'Atlantique.

Puis c'est l'arrivée aux Caraïbes et la découverte d'une vie à part, celle de vieux voileux post soixante-huitards qui ont préféré fuir le métro-boulot-dodo pour se la couler plus ou moins douce sous les tropiques. Une existence qui apparaît idyllique de premier abord, mais que notre héroïne finit rapidement par rejeter. En effet, elle a du mal à se plaire dans cet environnement assez machiste dont elle sent rapidement les limites. Elle comprend que le rêve de voile impose de nouvelles limites, de nouvelles oeillères. Elle se prend alors à vouloir retrouver son existence "jean-baskets manteau-bonnet" et pouvoir un peu "frimer devant les parisiens pâlots" avec ses histoires remplies d'absolu. Le déclic semble venir avec la rencontre d'un Normand grossier et alcoolique venu caréner son bateau dans le port où elle se trouve, et surtout de la prise en compte de sa propre "tropicalisation" : subir la torpeur des tropiques qui donne envie de faire la sieste, un engourdissement du corps et de l'esprit qui ne s'arrange pas "une fois que tu te mets au rhum". L'héroïne décide donc de "relancer le mouvement" et part retrouver la vie trépidante de la grande ville.

Dans cette bande dessinée, Aude Picault met d'une certaine manière en évidence la difficulté d'adaptation que tout un chacun peut éprouver devant un mode de vie nouveau. Après les moments de bonheur intenses procurés par la traversée (bien évidemment mêlés de difficultés, car la voile n'est pas toujours une partie de plaisir), elle s'est trouvée dans un monde très différent du sien, auquel elle n'a pas été préparée et qu'elle ne peut finalement que rejeter. Elle fait alors poser beaucoup de questions au lecteur qui rêverait de suivre son exemple, quelle que soit la destination : qu'est-ce que je cherche dans le voyage ? Et surtout : ce que je cherche se trouve-t-il au bout de mon périple ou plutôt dans le périple lui-même ? Et finalement, la question que tout l'humanité devrait se poser : puis-je trouver une félicité continuelle dans une activité ou une autre, c'est-à-dire, finalement : puis-je vivre dans une félicité perpétuelle ?

Ce que j'aime :

- La vision toujours très juste d'Aude Picault sur le monde qui l'entoure.

- Son humour.

- Son dessin simple mais précis.

Ce que j'aime moins :

-Les ellipses (même si elles sont audacieuses) à propos de la vie plus ou moins difficile sur un voilier.

- Les ellipses à propos du mode de vie de ces voileux post soixante-huitards aux Antilles.

23 octobre 2011

Nouveauté

Vincent Vanoli vient de faire paraître D'une île à l'autre, à L'Association, dans la fameuse collection Ciboulette.

Bientôt en chronique dans nos pages.

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Jizô - Des voyages en bande dessinée
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